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Joël Bons et l’orgue à bouche
Le contexte historique
Les années 1990 constituent une décennie charnière, marquée par l'arrivée de compositeurs chinois en Europe et une curiosité sans précédent pour leurs instruments traditionnels. Cette période a représenté un véritable "appel historique" en France, où la rencontre entre l'écriture contemporaine et la lutherie chinoise — notamment celle du sheng — a ouvert des voies esthétiques inédites grâce à l'impulsion de structures telles que Royaumont, Radio France, l'Ensemble 2e2m ou le CNSMDP. L'ethnomusicologue François Picard rappellera ce contexte fondateur. C’est dans ce sillage que Joël Bons, acteur majeur de l'introduction de ces répertoires en Occident, développe sa conviction : l'avenir de la musique réside dans la convergence des cultures.
**Joël Bons : Les possibilités d’intégration de musiciens et d’instruments de différentes cultures dans les compositions nouvelles
Au fil des années, j’ai acquis la conviction que l’avenir de la musique (savante) réside dans l’influence mutuelle et la convergence de différentes cultures musicales. En 2002, j’ai fondé l'Atlas Ensemble, formation interculturelle réunissant des musiciens de Chine, du Japon, d’Inde, d’Iran, d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de Syrie, de Turquie et d’Europe. L’ensemble présente un univers sonore inédit composé d’instruments issus de diverses cultures et vise à créer de nouvelles formes d’orchestration dans un idiome transculturel.
Dans cette présentation, je me concentrerai sur la composition pour les orgues à bouche chinois (sheng) et japonais (shō) au sein de diverses combinaisons interculturelles. À travers des exemples tirés de mes pièces Tour à Tour (2006), Nomaden (2015-16) et Atlas Orchestra (2023-2025), j’illustrerai différentes approches et stratégies de composition. Dans ces œuvres, les instruments sont utilisés dans des configurations variées : en tant qu'instruments solistes, en duo (sheng & violoncelle), dans des formations de musique de chambre inhabituelles (2 sheng, trombone, percussions), comme solistes au sein d’un grand ensemble, ou comme instruments contribuant à l’harmonie dans les tutti et les chorals.
La configuration de ces deux instruments est exceptionnelle : les tuyaux de bambou sont disposés en cercle de manière à répondre aux exigences musicales spécifiques pour lesquelles ces instruments étaient traditionnellement destinés. Pour le shō, il s’agit des combinaisons de notes utilisées dans la musique de cour du Gagaku ; la construction du sheng, quant à elle, a évolué de la version à 17 tuyaux adaptée à la musique chinoise pentatonique traditionnelle (utilisant souvent des quintes parallèles) vers des variantes entièrement chromatiques comprenant beaucoup plus de tuyaux, ce qui donne une disposition plus complexe.
La structure unique de ces instruments m’a incité à expérimenter librement des doigtés possibles, desquels ont émergé diverses idées musicales. En collaboration avec les interprètes, j’ai ainsi exploité le potentiel caché de schémas de doigtés techniquement confortables pour l’instrumentiste, mais inhabituels et non traditionnels. Ce n’est là qu’un exemple des stratégies de composition que j’aborderai.
Conférencier invité : Joël Bons
Grand témoin : François Picard (Sorbonne Université - IReMus)
Modératrice : LIAO Lin-Ni (TPMC - IReMus)
Co-production : TPMC - Ircam STMS Lab
Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France et IReMus
Les années 1990 constituent une décennie charnière, marquée par l'arrivée de compositeurs chinois en Europe et une curiosité sans précédent pour leurs instruments traditionnels. Cette période a représenté un véritable "appel historique" en France, où la rencontre entre l'écriture contemporaine et la lutherie chinoise — notamment celle du sheng — a ouvert des voies esthétiques inédites grâce à l'impulsion de structures telles que Royaumont, Radio France, l'Ensemble 2e2m ou le CNSMDP. L'ethnomusicologue François Picard rappelle ce contexte fondateur. C’est dans ce sillage que Joël Bons, acteur majeur de l'introduction de ces répertoires en Occident, développe sa conviction : l'avenir de la musique réside dans la convergence des cultures.
Séminaire 24
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