May 9, 2026
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November 13, 2021 03 h 07 min
November 13, 2021 03 h 23 min
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Il n’est pas exagéré d’affirmer que la torsion est un opérateur qui anime très en profondeur l’œuvre d’Alain Badiou. Ses récents Mémoires d’outre-politique évoquent même « une manie des distorsions » (p. 247). Présent en effet dès Almagestes dont le sous-titre « Trajectoire inverse » suggérait fortement une torsion par retournement, l’opérateur de torsion prend incontestablement son envol à partir de Théorie du Sujet où Alain Badiou s’appuyant sur Jacques Lacan va jusqu’à affirmer : « là git l’essence subjective du vrai : qu’il est tordu ». Le vrai apparaît ainsi en torsion ou peut-être plus précisément, « la torsion du vrai désigne une circularité sans unité de plan, une courbe discontinue ».
La puissance de l’opérateur est en outre transversale à toute l’histoire de la philosophie car finalement rappelle Badiou : « la torsion, c’est un opérateur général, formel, dont un des champs d’application philosophiquement les plus importants est de permettre de concevoir la pensée comme pensée de la pensée (…). Tout le problème de la torsion c’est de concevoir qu’une application du même sur le même puisse constituer une différence autrement dit que le même + le même donne de l’autre ».
L’opérateur de torsion se distribue de manière cardinale dans toute l’œuvre puisqu’on le retrouve au centre des constructions les plus audacieuses d’Alain Badiou toujours de surcroit dirigé verticalement dans un geste anabatique : torsion interne à la formule du Forcing de Cohen dans l’Être et l’Événement, torsion induite par la frappe rétroactive de l’Événement dans Logiques des Mondes ou enfin torsion aux abords de l’Absolu dans l’Immanence des Vérités où cet opérateur singulier y délivre ses ultimes poussées. On sent, alors même que Badiou parle lui-même d’une manie personnelle dans l’utilisation proliférante de cet opérateur, qu’il y a pour reprendre un concept de Gilles Deleuze un problème au sens lautmanien (biface objectif/subjectif) avec ce procédé, qui légitime une investigation poussée des différentes ramifications conceptuelles offertes par la torsion. Nous verrons à cette occasion que l’opérateur induit dans sa forme la plus aboutie un geste d’auto-torsion, particulièrement celui du temps sur lui-même, soient les mécanismes de rétroaction repérables dans les moments les plus beaux et les plus décisifs de l’œuvre d’Alain Badiou.
Nous analyserons à cette occasion deux séquences des œuvres respectives de John Coltrane et plus particulièrement de Miles Davis qui montrent que depuis la novation du timbre et de « sa capacité à la torsion » (François Nicolas), se joue dans l’intérieur de leur œuvre la nouveauté d’un geste musical, confirmant peut-être l’énoncé badiousien de la torsion : « le même + le même donne de l’autre ».